Famille de Montalembert

Extrait

Chevaliers de Saint-Michel

André de Montalembert, seigneur d’Essé[1], de Bruz, d’Espanvilliers et en partie de la Barbate, gentilhomme ordinaire de la chambre du roy, capitaine de 50 lances de ses ordonnances et général de ses armées, né vers 1483, fut nommé chevalier de l’ordre de Saint-Michel par Henry II en 1549 d’après un compte du trésorier de cet ordre où il est dit qu’il fut délivré à messire André de Montalembert, seigneur Dessé, chevalier de l’ordre le grand collier de l’ordre du feu comte de Languillare dont le roy luy avoit fait don en le créant chevallier de son dict ordre suivant son récépissé du 27 septembre 1549 [(orignal chambre des comptes de Paris)]. De plus on luy trouve la qualité de chevalier de l’ordre du roy dans plusieurs quittances qu’il donna au trésorier de l’Épargne les 19 mars 1550 (1551) et 16 avril 1553 ainsy que dans deux montres des vingt juillet 1550 et 27 avril 1553 et il se trouva en 1459 à la bataille de Fournoue, et en 1534 François Ier le fit l’in de ses pannetiers. Le 12 février de l’année suivante 1534 (1535) ce monarque le chargea d’une commission de confiance près le roy et la reine de Navarre ; ce fut luy qu’il choisit dans un tournoy pour l’un de ceux qui devoient soutenir l’effort des quatre plus rudes lances qui se présenteroient, aussy ce prince disoit-il souvent nous sommes quatre gentilshommes de la Guyenne qui combattrons en lice et courrons la bague contre tous allans et venans de la France, moy, Sansac, d’Essé et Chastaigneraye. On luy donna en 1536 le commandement de cent chevaux legers à la suitte de l’amiral de Brion lorsqu’il entra en Bresse, en Savoye et en Piémont, et s’étant jetté avec sa compagnie dans Turin, il n’en sortit que poura aller surprendre Ciria et l’emporter par escalade. Il jouissoit en 1536 de 500 livres de pension de la Cour et étoit alors (et encor en 1540) lieutenant de la compagnie de 50 lances du duc de Montpensier. Il fut lieutenant de roy à Landrecies et soutint avec la plus grande valeur le siège que l’empereur fit de cette ville en 1543 ; il y reçut même une blessure au bras ; et au mois de décembre de cette année le roy récompensa ses recommendables services dans cette circonstance par une gratification de 1125 livres. Dans la même année Sa Majesté l’admit au nombre des gentilshommes de sa chambre aux gages de 1200 livres ; ce fut à cette occasion que l’on dit qu’il etoit plus propre à donner une camisade à l’ennemy qu’à donner la chemise au roy. Le 27 juillet de la ditte année Sa Majesté luy accorda encor une gratification de 900 livres à raison de ses services dans les guerres tant deça que delà les monts. Au mois de septembre 1545, ayant alors 600 livres de pension, il fut chargé du commandemens du fort d’Outreau prez de Boulogne. Il étoit capitaine de 50 hommes d’armes au mois d’août 1546 et obtint encor du roy à cette époque une gratification de 400 écus d’or. Ayant été envoyé en Ecosse en 1548, il battit les anglois et fit prisonnier leur général. Le 26 décembre de la même année, il surprit la forteresse d’Hurrie dont la garnison fut passée au fil de l’épée, et les anglois ayant voulu la reprendre, il s’opposa à leurs entreprises, et en moins d’un an il leur enleva tout ce qu’ils possédoient dans ce royaume. Le roy Henry II l’ayant rappelé en France il signala son départ par la conquête de l’Isle des Chevaux dans le golphe d’Edimbourg. Ambleteuse, place forte alors, ayant été emportée, le commandement luy en fut donné, et ce fut là qu’il fit une action généreuse et digne de ses sentimens en sauvant l’honneur et les biens des femmes et des filles de la fureur des soldat qui étoit entré par la brèche dans cette place. Ses services distingués lui meriterent du roy une pension de 3000 livres. La paix s’etant faite en 1550 il se retira dans ses terres pour se reposer des fatigues de la guerre ; mais en 1553 ayant eu ordre de s’aller jetter dans Thérouanne que l’emprereur menaçoit d’assiéger, il y termina glorieusement sa carrière, ayant été tué sur la brèche le 12 juin de cette année. « Soudain (dit Brantome) après en avoir reçu la nouvelle et leu la lettre de son roy, il dit à ses amis qui estoyent là avec luy, car ordinairement il estoit fort visité tant il estoit aymé : mes amis, voilà le comble de mes souhaits arrivé, car je ne souhaittois rien tant que d’aller mourir en un honorable lieu et ne craignois rien tant que de mourir en ma maison et en mon lit etc. » Les commentaires de Rabutin, imprimé à Paris en 1574, tome Ier, font encor en pompeux éloge du seigneur d’Essé à l’occasion de ce siège « y ayant laissé la vie (disent-ils) le très valeureux chevalier le seigneur d’Hessé de la vertu duquel aujourdhuy et à jamais bruiront les mers de Ponent estans les trophés et enseignes de ses chevaliereux actes enlevez et assés publiez ès isles d’Angleterre et Escosse ». Voicy l’eloge qu’en fait Brantome dez le temps qu’il commença à suivre la carrière des armes « feu Monsieur d’Essé a esté très bon, sage, brave et vaillant (capitaine). Il fut avancé par monsieur le Connestable à cause de sa valeur et vertu, et les rois ses maistres le connurent et s’en sçeurent bien servir. Il fut en son temps bon gendarme et gentil cheval léger… il fut lieutenant du roy dans Londrecy avec le capitaine de la Lande… tous deux soutinrent bravement le siège que l’empereur mit devant avec de très grandes forces… ces deux compagnons defenseurs de londrecy furent favorisez de la fortune, tous deux furent fort estimez et haut louez des païs estrangers et de la France, tous deux bien venus à la Cour… et tous deux fort bien reconnuz et embrassez de leur roy et recompensez… monsieur d’Essé fut donné page à monsieur le sénechal de Poitou messire André de Vivonne mon grand pere, lorsqu’il alla avec le roy Charles VIII au royaume de Naples, et le mena avec luy qu’il n’avoit pas douze ans… après l’avoir acurry quelques années, il... l’envoya aux ordonnances en fort bel équipage de guerre, plus qu’il navoit accoustumé de donner aux autres, car il espéroit beaucoup de luy, et aussi qu’encore qu’il fut fort bien gentilhomme et de bon lieu, il n’avoir de son pere tous les moyens qu’il eust bien falu... car il avoit force autres endans ; de telles obligations tant de nourriture que des bienfaits ce seigneur généreux n’en fut jamais ingrat, car ayant esté deux fois lieutenant du roy et dans Landrecy et en Escosse, capitaine de cinquante hommes d’armes et chevalier de l’ordre, venant voir madame la sénéchalle ma grand’mère qui l’avoit nourry avec son mary, luy portoit un tel respect et honneur que jamais il ne voulut laver les mains avec elle pour se mettre à table disant que nul grade qu’il eust acquis ne luy sçauroit faire oublier l’honneur qu’il luy devoit pour avoir esté nourry son page… mais bien se lavoit il avec Mesdames de Bourdeille et de Dampierre ses files qu’i avoit (disoit-il) bercées cent fois et avoit estudié sa leçon avec elles ; tel scrupule avoit ce gentil et courtois chevalier… Le roy Henry venant à la Couronne… envoya monsieur d’Essé en Escosse son lieutenant général pour secourir les deux reynes d’Escosse mere et fille, ce qui luy fut un très grand honneur, car il y commanda à des seigneurs plus grands, plus riches et de plus haute maison que luy comme à messieurs Strozzy et le prieur de Capoue, cousins de la reyne, à Monsieur d’Andelot, à messieurs de la Rochefoucaut, d’Estauges, Baudiné, Pienne, Bourdeille, Montpezat, Negrepellice, le comte de Reingrave et force autres, et mesme leur disoit bien souvent : Messieurs, je sçay bien qu’il n’y a nul guerres de vous autres qui ne soit plus grand que moy… mais puisqu’il a plû au roy m’honorer de cette charge, il faut que je m’en acquitte et que je commandoit aussi bien au grand comme au pletit et que l’un et l’autre m’obeissent, et au partir d’icy m’estant depuillé de cette grandeur, nous serons tous pairs et compagnons. Voilà comme je l’ai ouï conter à mon frere monsieur de Bourdeille qu y estoit aussi, disant qu’il avoit si bonne grace à commander, qu’un chascun luy obeissoit de si bon cœur, et l’honnoroit si fort qu’il n’eut jamais occasion de se fascher à eux, car, en commandant, il familiarisoit fort... Quand il alloit à la guerre et qu’aucuns des coureurs luy venoient dire : Monsieur, voicy les ennemis qui viennent à vous ; luy sans s’estonner, ne faisoit que respondre : Et nous à eux. Il fit de beaux combats et de beaux exploits de guerre en cette Escosse… Si est ce qu’au partir de là le roy l’honora fort et luy donna l’ordre, pour signe qu’il avoit si bien fait… il y gagna une grande et très mauvaise jaunisse, et telle que j’ay ouy dire qu’il en teignoit de jaune sa chemise comme de safran lorsqu’il suoit ; ce qui fut cause qu’il demanda congé au roy d’aller jusques en sa maison d’Espanvilliers changer d’air et voir sa femme qu’il n’avoit veue de trois ans… Estant donc en sa maison, au lieu de s’amender ds sa maladie, il sembla qu’elle s’empirast, et le tourmenta pis qu’auparavant... et traisnant ainsy sa vie en langueur, j’ai ouy dire qu’il la maudissoit cent fois le jour qu’il ne l’avoit perdue en tant de combats et guerres où il s’estoit trouvé, et qu’il fust reduict à mourir en un lict comme un cagnardier le plus pauvre qui fut jamais. Et ainsy que bien souvent de tels propos entretenoit ses amis avec larmes et souspirs, arriva un courrier du roy à luy, qui luy porta mandement de l’aller trouver aussitost pour s’aller jeter dans Therouanne, que l’empereur menaçoit d’assiéger, et là y commander au lieutenant du roy... Or je m’en vais (dit-il en recevant la lettre du roy) et vous jure bien que madame la jaunisse n’aura point cet honneur de me faire mourir ; car résolument je veux mourir ce en guerre, et ne retourneray jamais que je n’y meure. Adieu donc, messieurs et amis, je m’en vais fort heureux et content chercher ce que j’ay tant désiré… Le voylà donc arrivé devant son roy qui luy en fit de sa bouche le second commandement auquel il dit : Sire, je m’y en vais donc de bon et loyal cœur; mais j’ay ouy dire que la place est très mal envitaillée… Lors quand vous entendrez que Therouanne est prise, dictes hardiment que d’Essé est guery de sa jaunisse et mort. » Et ainsy comme il le dit, ainsy le tint il car… ainsy qu’on vint à l’assaut, voicy un alfier espagnol… avec son enseigne colonnelle qui s’avançant par dessus tous monte avec une fort grande dextérité... à la bresche. Monsieur d’Essé qui estoit sur le haut du rempart, tenant une picque au poing, de contenance asseurée s’affronte à cet alfier, et luy escrie : A moy, à moy, capitaine enseigne ! Je suis le général. Soudain l’alfier se présente à luy et luy dit… C’est ce que je veux et recherche pour ma gloire… et ainsy qu’il vint affronter de main à main monsieur d’Essé, voicy un harquebusier françois qui estoit près de son général qui tire à propos son harquebusade et donne dans la teste de l’alfier, et le porte mort par terre. Tel coup ne fut pas plustost fait, que voila un soldat espagnol qui secondant bravement son enseigne tire à monsieur d’Essé et le tue de mesmes... Voila donc la mort et la sépulture de monsieur d’Essé tant désirée de luy… On disoit de son temps en Guyenne qu’il y avoit trois nobles et braves chevalliers et gentils capitaines… l’un estoit de Poictou, qui estoit monsieur d’Essé, l’autre de Xaintonge, qui estoit monsieur de Burie, et le troisième monsieur de Sansac, d’Angoulmois. J’ay ouy dire aux moins passionnez que monsieur d’Essé les emportoit, car il estoit plus universel que les autres, fust en belle façon, en bonne grace, en beau maintien, en la parolle belle… Estant en Escosse, il joua un jour avec la reyne douairière...Elle aymoit fort le jeu et jouoit souvent avec monsieur d’Essé et d’autres seigneurs françois ; mais ce jour que je veux dire qu’ils jouerent, se picquerent si bien, que la reyne perdit six mille escus comptant, et priant monsieur d’Essé de jouer sur sa parolle autres six mille escus, il ne le refusa nullement, tant il estoit courtois et respectueux aux dames ; la reyne joua si bien qu’elle se racquitta tout. Or bien, madame, dit alors monsieur d’Essé, vous estes quicte ; vous avez joué en grande reyne et princesse libérale, et moy j’ay joué en belitre gentilhomme par trop prodigue. J’ayme mieux que vous m’estimez tel, qu’avare et discourtois à l’endroict d’une si honneste princesse que vous estes. J’ay ouy faire ce conte à monsieur de Bourdeille mon frere, qui estoit lors présent, dont la reyne, par un tel traict, l’en ayma à jamais davantage; et outre les grands services qu’il luy faisoit à la guerre, il estoit très bien venu avec elle, pour l’amour de ses gentilles façons, bonnes graces et honnestetez, etc. » [Il étoit fils de Jean de Montalembert, seigneur d’Essé et d’Espanvilliers, et de Jeanne de Berland. Ses armes d’argent à une croix de sable ambrée.]

Notes

  1. Essé est en Ille-et-Vilaine, il semble que ce soit le père d’André de Montalembert qui en fut le premier possesseur, et si celui-ci et son fils André ne semblent pas encore très attachés à la Bretagne, leur descendance s’y est habituée. Un autre membre de la famille sans lien avec la Bretagne n’est pas rapporté ici.
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Réformation de la noblesse (1668-1671)

Evènements (3 notices)

  • Arrêt de maintenue en la Chambre : mardi 23 octobre 1668 (2 notices).
    • Archives départementales du Morbihan, 1 J 1003, "Livre du Botcol", p. 25 .
    • Archives départementales du Finistère, 32 J 2, "Livre de Kerézellec", p. 39 .
  • Arrêt de maintenue en la Chambre : lundi 8 juillet 1669 (2 notices).
    • Archives départementales du Morbihan, 1 J 1003, "Livre du Botcol", p. 332-333 .
    • Archives départementales du Finistère, 32 J 2, "Livre de Kerézellec", p. 39 .