Famille du Chastel

Variantes : Chastel de Kerlech (du)

Extrait

Chevaliers de Saint-Michel

Tanneguy du Chastel, vicomte de la Bellière, baron de Derval, seigneur de Renac, du Bois Raoul, de Beauregard et de Guemené[1], premier écuyer du roy, grand maitre de son écurie, l’un de ses chambellans ordinaire, capitaine de cent lances de ses ordonnances, gouverneur de Roussillon et de Cerdaigne, fut nommé chevalier de l’ordre de Saint-Michel le 1er août 1469 à la première promotion de cet ordre. Il eut la réputation d’un des plus vaillans homme de guerre de son siecle, et fut fort aimé du roy Charles VII. Ce fut luy qui voyant à la mort de ce prince que l’empressement des courtisans à faire leur cour au nouveau monarque avoit fait négliger ses funérailles, se chargea luy même du soin et des frais de la cérémonie funèbre qui luy couta plus de 50000 livres. Depuis s’etant retiré en Bretagne [son souverain, et acquit sur son esprit une grande autorité], le duc le fit grand maitre de son hôtel, l’un de ses chambellans et capitaine de Nantes. Il entra ensuite dans le party des princes ligués en 1464, et mécontent de ce que le roy n’avoit pas encor acquité les frais qu’il avoit avancés pour les obseques du roy son père, il fut l’un de ceux qui travaillerent avec le plus de zele à cette ligue. Il enleva en la même année le duc de Berry et s’étant attiré la haine du duc de Bretagne en 1468 d’après les libres remontrances qu’il luy fit au sujet du commerce scandaleux qu’il entretenoit avec la dame de Villeguier, le roy prit occasion de là pour le faire revenir à sa Cour où il le combla depuis de biens et d’honneurs. Tanneguy étoit en effet un homme sage, d’une probité reconnue, et que le roy regrettoit fort d’avoir négligé si longtemps. Ce prince le mena avec luy à Péronne pour traiter de l’appanage du duc de Berry son frere. Il fut l’un des commissaires nommé pour faire le procès du cardinal de la Balue et étant allé ensuite trouver le roy en Picardie, il fut blessé auprès de luy en 1477 d’un coup de couleuvrine au siège de Bouchain dont il mourut peu de temps après au grand regret du roy, qui envoya le 16 juin de cette année offrir cent marcs d’argent à l’église de Notre-Dame de la Victoire pour le repos de son âme. Par son testament du 29 may qu’il fit au lit de la mort, il pria le roy de payer les dettes qu’il avoit contractées à son service jurant sur la mort qu’il attendoit, qu’il n’en avoit pas dépensé un sol que ce ne fut pour s’entretenir à son service, qu’il n’auroit jamais quitté s’il eut autant vécu que luy, et qu’il avoit toujours servy plus fidellement qu’aucun serviteur eut jamais servy son maitre. Il luy demandoit pardon de ses désobéissances et contradictions par lesquelles il l’avoit souvent traversé car « folie (ajoutoit-il) le luy faisoit faire plus que malice ». Il mourut pauvre. Son inventaire ne se montat qu’à 5 ou 6000 livres en meubles et à 3365 écus en argent. [Il étoit fils d’Olivier du Châtel, seigneur du Châtel, chambellan du duc de Bretagne, sénéchal de Saintonge, gouverneur de Brest et de Dinan, et de Jeanne de Ploeuc. Ses armes fascé d’or et de gueules de 6 pièces.]

Tanneguy du Chastel épousa Jeanne Raguenel, dite de Malestroit, dame de Cambout, de Renac et de la Bellière. Voici un extrait de son testament (Blancs-Manteaux, archives de Brissac) :
Soy voyant en lict mortel, il ordonne que si c’est le plaisir du roy de marier l’une de ses filles qui sont par deçs à son plaisir, de ce que ledit du Chastel a par deçà, il l’en supplie. Il veut être enterré devant une image de Notre-Dame, sans pompe, comme appartient à un simple cavalier. Il supplie le Roy de laisser marier son aisnée fille aux amis dont le plus grand bien luy vient ; et pour la plus jeune supplie en laisser faire au plaisir de sa femme et Madame sa mère. S’ils la veulent religieuse, ou marier, à leur plaisir ; et que la mère soit laissée en son libéral arbitre de faire ce qu’il lui plaira... comme celle qu’il connoist discrète, etc. « Et pour ce qu’il a plu (dit-il) au Roy m’appeler en son service et tirer ma femme hors de mon païs où j’ay eu de grands domages nonobstant les grands honneurs et biens que le roy m’a faits, alant égard à ce que à mon povoir l’ay loyaument servi sans fléchir parole ne courage, que de sa grâce il me face celle libéralité de m’acquitter des lods dont je me suis endoibté en son service ; et que soys paié de ma pension de celle année afin que ceux qui la m’ont advancée s’en puissent rembourser, et ce luy supplie pour l’acquit de mon âme et ne contraindre ma femme à vendre notre héritage ne notre petit meuble. Car, par la mort que j’ay à souffrir, je n’en croy avoir dépendu un blanc, fors pour m’entretenir en son service. Et des désobéissances ou contredits en parlant à luy souvente foys bien couroucé dont je me repens, luy supplie qu’il le me veille pardonner, car folie le me feisait faire plus que malice. Je l’ay amé. bien voulu et loyaument servi autant que fit onques serviteur maître, et si j’eusse vescu autant comme luy, jamais autre party n’eusse pris, pourquoi ay recours en ce cas et tous autres bien singulièrement à luy et luy recommande l’ame ainsi qu’il a voulu amer le corps. Je luy recommande ma compagne et singulièrement Messire Morice, etc. » Ce jeudy 29 may 1477. Il donne tous ses meubles à sa femme, réservé ce qui par son advis du seigneur de Taillebourg et de Messire Morice sera départi à ses serviteurs.
Nous nous reprocherions de ne pas rappeler ici le souvenir du billet attaché par une main inconnue au drap mortuaire de François II : « Où est Messire Tannegui du Chastel ».
« A peine (François II) eut-il fermé les yeux qu’ils l’oublièrent… dit le chanoine Lacourt dans son Histoire manuscrite de la Maison de Lorraine ; son corps fut mis dans un caveau (à Saint-Denis), sans observer la pompe et les cérémonies usitées aux obsèques des rois. Deux jours après son inhumation, on trouva ces mots écrits sur un billet attaché au drap de velours noir qui couvrait son cercueil : Où est Messire Tannegui Duchâtel ? mais il estoit François ! C’étoit une censure piquante de la conduite des Guises, opposée à celle de Duchâtel. On feignoit que ces paroles sorties du fond du tombeau exprimoient les regrets de François II ; qu’il n’avoit point dans la personne du duc de Guise un chambellan aussi affectionné que Duchâtel, mais qu’il ne s’en étonnoit points que lui portoit un cœur françois, et que l’autre n’avoit que des sentiments étrangers, etc. ».

Claude du Chastel dit de Kerlec, baron de Kerlec, seigneur de la châtellenie de Kersal ou de Kéroval, nommé chevalier de l’ordre de Saint-Michel le 29 may 1570 par commission dattée du Mont-Saint-Michel, en reçut le collier des mains du sire de Rosmadec, chevalier du même ordre [(Histoire généalogique de la maison de Rosmadec, par messire Pierre d’Hozier, à la suitte de la Science heroïque de M. de la Colombière, imprimé à Paris en 1644, page 21)]. Il fut député en 1576 de la noblesse de l’évêché de Léon pour la réformation des coutumes de Bretagne et obtint du roy au mois de décembre de la même année des lettres patentes pour l’érection de la terre de Kerlec en baronie en considération de l’ancienne noblesse de sa maison et des services recommandables que ses prédécesseurs avoient rendus à la couronne dans les divers emplois honorables qui avoient eté confiés tant deça que delà les monts à leur valeur et à leur prudence. Le 26 janvier 1578 Henry III luy accorda d’autres lettres par lesquelles il luy permit de reprendre le nom du Chastel qui etoit l’ancien nom de sa maison, et de le perpétuer comme un nom connu par de grands et signalés services rendus à la Couronne par ce qu’étant issu de Bernard du Chastel qui étoit fils juveigneur de Tanneguy, sire du Chastel, sa postérité en avoit toujours conservé les armes quoiqu’elle en eut quitté le nom pour prendre celuy de la maison de Kerlec, à cause que le dit Bernard en avoit épouzé l’héritière. [Il étoit fils de François de Kerlec, seigneur de Châteauneuf et de Kerlec, commandant le ban et arrière ban de l’évêché de Léon, et de Marie de Campir. Ses armes fascé d’or et de gueules de six pièces.]

Claude du Chastel-Kerlech épousa 1o Marie de Rosmadec, veuve de François de Guer et fille d’Alain de Rosmadec et de Jeanne du Chastel ; 2o le 3 octobre 1573 Jeanne de Coëtquen, fille de François et de Françoise de Malestroit, et veuve de François Ferron, seigneur de la Ferronaye, mort au service du roi en 1570, fils de Gilles Ferron, chevalier de l’ordre. Claude du Chastel-Kerlech ne vivait plus en 1583. Ces divers renseignements puisés aux meilleures sources (Jean Le Laboureur, Preuves de Saint-Cyr, etc.), démontrent irréfutablement que M. Le Bastard de Mesmeur, dans ses notes sur le livre du chanoine Moreau, a fait erreur en désignant Claude de Kerlech et Jeanne de Coëtquen comme les victimes de l’incendie du château de Roscanou en 1590. Le baron de Kerlech ne vivait plus à cette date ; quant à sa femme, Jeanne de Coëtquen, loin d’être l’enfant de 13 ou 14 ans dont parle Moreau, elle était veuve pour la seconde fois, et se préparait à marier sa fille unique, Claude de Kerlech, à François de Kergroadès.

François du Chastel, marquis de Mesle, seigneur du Châteaugal et de Landelleau, gouverneur de Quimperlé, laissa surprendre cette ville en 1590, par les royalistes. L’attaque fut si brusque qu’il eut à peine le temps de se sauver et de se retirer « tout honteux au Châteaugal. » Il fut décoré, paraît-il, de l’Ordre de Saint-Michel sous le règne d’Henri IV. On peut voir en effet dans le cimetière de Landelleau, près Carhaix, « une croix dont le piédestal est revêtu de plusieurs grandes dalles de pierre portant des écussons armoriés et entourés du collier de l’ordre de Saint-Michel. Ces pierres proviennent du mausolée du marquis de Châteaugal, seigneur de Landelleau, qui existait dans l’église.... mais qui a été profané pendant la Révolution » (M. de Fréminville, Guide du voyageur dans le Finistère, p. 235). François du Chastel était fils d’Antoine du Chastel et de Marie Le Scaff. C’est de lui qu’il s’agit dans la touchante ballade de l’héritière de Keroulaz (Barzaz-Breiz). Il avait épousé malgré elle en 1565 Marie de Keroulaz, fille unique de François de Keroulaz et de Catherine de Lanuzouam. Selon la ballade, cette jeune héritière, contrariée dans ses préférences, serait morte de douleur deux mois après son mariage. Mais M. de la Villemarqué a fait observer que la poésie populaire avait un peu précipité la mort de Marie de Keroulaz, et qu’elle avait eu le temps d’avoir trois enfants de son mariage avec François du Chastel. Le marquis de Mesle eut encore deux femmes. Il épousa d’abord Catherine de Quelen. Nous croyons qu’il faut la reconnaître en la dame de la Porte-Neuve, dont parle le chanoine Moreau, à propos de la prise de Quimperlé par les royalistes, en 1590. Si nous ne nous trompons, elle était veuve d’Yvon de Guer, seigneur de la Porte-Neuve, et mère de Charles de Guer, chevalier de l’ordre du roi. Enfin la troisième femme de François du Chastel fut Anne de Kerouzéré.

Alain du Chastel, fils de René du Chastel-Kerlech et de Jeanne du Rusquec. est qualifié chevalier de l'ordre du roi dans un volume de généalogies composées sur les arrêts de la réformation de la noblesse de Bretagne, en 1668-1671 (bibliothèque de l’Arsenal). Il était petit-fils d’Hervé, frère juveigneur de Claude, baron de Kerlech, qui précède, et épousa Renée de Lannion.

[Jean du Chastel, seigneur de Coerangars, de Kerivart et de Bruillac, gentilhomme ordinaire de la chambre du roy, fils de Gabriel du Chastel, seigneur de Coëtangars, et de Jeanne de Saint-Gouësnou. Ses armes fascé d’or et de gueules de six pièces. Il est cité par des auteurs connus, des manuscrits ou mémoires, comme chevalier de l’ordre de Saint-Michel depuis Charles IX jusqu’à Louis XIV, mais sa qualité de chevalier n’est point suffisamment établie.]

Jean du Chastel était chevalier de l’ordre du roi à la date de 1625 (M. de Courcy). Il n’était pas fils de Gabriel et de Jeanne de Saint-Gouesnou, comme l’a écrit d’Hozier, mais bien de Guillaume, seigneur de Coetangars. et de Leveneze de Kermenon (?). Il épousa 1o Marguerite du Coskaër, seconde fille de François, chevalier de l’ordre, et de Marie de Kerhoënt ; 2o Marie Le Long, fille unique de Jean, seigneur de Kerenroux, et de Françoise de Kermerchou (Père Anselme).

Claude du Chastel, baron du Chastel, seigneur de Kersimon, du Juch, de Coëtivy, vicomte de Pommerit, lieutenant de roi en Basse-Bretagne, fut admis dans l’ordre de Saint-Michel en 1568 et reçut le collier des mains du vicomte de Martigues en vertu d’une commission royale datée du 18 février 1568. Il est en conséquence qualifié chevalier de l'ordre, dans l’acte de tutelle des enfants de Jacques de Beaumanoir et de sa seconde femme Jeanne du Quellenec, en date des 15 décembre 1569 et 25 janvier 1570 (A. du Paz, Généalogie des Rosmadec, page 101, Rennes, 1629). Il était fils de François, sire du Chastel, de Lescoët, du Juch, etc., et de Claude du Chastellier ; et il épousa Claude d’Acigné, vicomtesse de la Bellière, fille aînée de Jean, chevalier de l’ordre, et d’Anne de Montejean. Devenue veuve, Claude d’Acigné se remaria au comte de la Moussaye, Amaury Gouyon, chevalier de l'ordre du roi.

Notes

  1. Ces quatre terres de Renac, Bois-Raoul, Beauregrd et Guémené ont été rayées de la première partie de l’ouvrage (ordre chronologique des promotions).
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Réformation de la noblesse (1668-1671)

Evènements (5 notices)

  • Comparution : samedi 14 septembre 1669 (1 notice). Pour François-Ignace du Chastel et ses frères.
    • Bibliothèque de Rennes Métropole, Ms 516, p. 405 .
  • Comparution : vendredi 7 novembre 1670 (1 notice). Pour Alain du Chastel de Kerlech, son fils et son petit-fils.
    • Bibliothèque de Rennes Métropole, Ms 516, p. 413-414 .
  • Arrêt de maintenue en la Chambre : jeudi 5 février 1671 (3 notices).
    • Archives départementales du Morbihan, 1 J 1003, "Livre du Botcol", p. 575-576 .
    • Archives départementales du Finistère, 32 J 2, "Livre de Kerézellec", p. 16 .
    • Bibliothèque de Rennes Métropole, Ms 516, p. 405 .
  • Arrêt de maintenue en la Chambre : vendredi 20 février 1671 (2 notices).
    • Archives départementales du Morbihan, 1 J 1003, "Livre du Botcol", p. 581 .
    • Bibliothèque de Rennes Métropole, Ms 516, p. 413-414 .